David Rockefeller, ou la philanthropie à l’état pur

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La maison de ventes Christie’s a dispersé une collection exceptionnelle entre les 8 et 10 Mai, puis du 1er au 11 mai sur Internet. Voici une vente aux enchères tout à fait particulière, puisque les œuvres d’art d’un des plus grands collectionneurs de son temps ont été vendues dans le but de redistribuer l’intégralité du montant de la vente à des oeuvres caritatives. Une démarche résolument altruiste, pour l’un des hommes à la fois les plus fortunés et les plus philanthropes de son temps.

Et le personnage n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de David Rockefeller. Disparu le 20 mars 2017 à l’âge de 101 ans, ce banquier d’affaires à la tête de la Chase Manhattan Bank fut en effet l’une des plus grandes fortunes mondiales, mais aussi un collectionneur d’art averti et passionné. Selon ses vœux avant sa disparition, toutes les recettes successorales de la vente bénéficieront à des organismes de bienfaisance sélectionnés par lui-même et sa femme Peggy au cours de leur vie. L’ensemble des œuvres d’art vendues aux enchères a réalisé plus de 850 millions de dollars, ce qui en fait la la vente du siècle, et parmi elles figurait une très belle Patek Philippe signée Tiffany & Co sur le cadran qui a été adjugée sur internet à près de dix fois son estimation initiale.

Dans la lignée de la vente d’Yves Saint Laurent de Pierre Bergé, qui a battu des records, la vente aux enchères Rockefeller rassemble tous les superlatifs ; mais si on la considère comme la vente du siècle, ce n’est pas tant pour la qualité indiscutable des œuvres qui ont été dispersées, ni pour les montants astronomiques qui ont été atteints atteints sous le marteau de la maison Christie’s, mais avant tout grâce aux dernières volontés de David Rockefeller: redistribuer sa fortune par le bais de la bienfaisance. Car cet homme philanthrope avait une conception aussi unique de la notion de possession, que de celle de collection d’oeuvres d’art: David Rockefeller ne se sentait pas propriétaire de ces œuvres, mais simplement leur gardien avant de les transmettre à d’autres générations appelées à veiller sur elles.

Une famille attachée à l’art

De son vivant, la grande générosité de David Rockefeller lui a permis de faire de ce nom de famille mythique un symbole d’altruisme dans le monde entier. Petit-fils de John D. Rockefeller qui fonda la Standard Oil, David et sa femme Peggy McGrath ont toute leur vie collectionné l’art impressionniste et moderne, probablement sous l’impulsion de la mère de David qui était la cofondatrice du MoMA en 1929. Les lots phares de l’art impressionniste qu’il possédait rassemblent, entre autres merveilles, trois Picasso, cinq Monet, deux Matisse, trois Vuillard, deux Gauguin, deux Seurat et trois Bonnard. La famille Rockefeller a toujours eu de liens privilégiés avec l’art ; le père de David a notamment financé la venue des cloîtres « Cloisters » à New York. David Rockefeller a été président émérite du MoMA Museum of Modern Art de New York et grand donateur aux musées et aux universités aux États-Unis.

La philanthropie chevillée au corps

Après un don de quatorze tableaux modernes dans les années 1990, David Rockefeller avait aussi offert en 2005 au MoMA pas moins de 100 millions de dollars pour permettre l’extension du musée. En 2008, il fit don de 100 millions de dollars à l’université Harvard. Il était par ailleurs membre du projet créé en 2010 par Bill Gates et Warren Buffett incitant les riches hommes d’affaires à donner au moins 50% de leur fortune à des oeuvres caritatives. Il défendait ardemment un capitalisme « éclairé », appelant les entreprises à davantage de responsabilité sociale, et exhortant les grandes fortunes à payer leurs impôts. David Rockefeller et son épouse Peggy ont créé le Fonds David Rockefeller en 1989 pour mettre en œuvre leurs dons de charité annuels. Un bel exemple de générosité que nous donne cet homme éclairé, qui évoquait la future vente de ses œuvres avec ses mots : « Tous ces objets qui nous ont apporté tant de plaisir sortiront dans le monde et seront à nouveau disponibles pour d’autres gardiens qui, nous l’espérons, en tireront la même satisfaction et la même joie ».

Une intéressante Patek Philippe, qui lui a été offerte en 1936 par sa mère à l’occasion de son vingt et unième anniversaire, a été notamment mise aux enchères lors de la vente online de Christie’s. Cette montre de poche en or avec répétition des cinq minutes signé sur le cadran du nom du revendeur Tiffany & Co, portait des armoiries gravées au dos du boîtier. Une dédicace de sa mère figurait également à l’intérieur du boitier sur la cuvette. Le lot 1131, qui était estimé 4’000 à 6’000 USD, a finalement été vendue 47’500 USD. Une part du rêve américain … La maison Christie’s s’est dit « honorée de se voir confier la responsabilité de la vente Rockefeller dont les profits seront versés à des organismes caritatifs, conformément à l’engagement de Peggy et David Rockefeller de consacrer la majeure partie de leur patrimoine à la philanthropie et d’appuyer des causes culturelles, éducatives, médicales et environnementales soutenues depuis longtemps par le couple. »

Au delà du chiffre d’affaires, nous voulions ici témoigner une fois de plus de la personnalité de David et Peggy Rockefeller qui resteront à jamais dans l’histoire des ventes aux enchères. Cette vente à la fois live et online est sans aucun doute la parfaite illustration du monde dans lequel nous vivons, résolument tourné vers les nouvelles technologies mais qui garde l’essentiel, c’est à dire l’humain au travers de la générosité de ce couple qui a choisi de verser l’intégralité du produit de la vente à es oeuvres caritatives. David & Peggy Rockefeller resteront à jamais les plus grands philanthropes de toute l’histoire du marché de l’art. Merci.

 

GEOFFROY ADER

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